
Notes de lectures, articles, entretiens, presse
[année 2026]
Des articles de membres de l'association ou de personnes extérieures. Des interviews, des entretiens.
Ils sont présentés dans l'ordre de réception du plus récent au plus ancien.
Ces textes sont donc toujours personnels et ne reflètent pas obligatoirement "la pensée" de l'association.
Vous voulez présenter un livre que vous avez aimé ou voire détesté, vous voulez réagir à une note de lecture, vous pouvez envoyer votre texte à cette adresse
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L’extinction culturelle
Extrait de la lettre quotidienne des Inroks, le 10/02/2026
Le spectacle hallucinant donné depuis des semaines à l’Assemblée nationale par Charles Alloncle, rapporteur inquisiteur de la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, donne le ton du mépris que les droites dures portent à la culture dans toutes des dimensions. Car derrière le show “maccarthyste” du jeune ciottiste, en guerre contre des médias publics, la révision du cadre général de toute politique publique en faveur de la création culturelle se dessine à bas bruit. Au cœur de cette démolition annoncée, qui passera autant par des procès d’intention que par des coupes budgétaires, des privatisations ou des suppressions de postes et d’institutions, une question-clé se pose, récurrente et toujours ambiguë dans sa récurrence : comment défendre la culture populaire au sein d’un écosystème d’aides publiques en faveur d’artistes, dont les œuvres resteraient hermétiques pour les publics non-initiés ? Vieux débat que de définir le populaire, et éternelle réponse des créateur·rices les plus exigeant·es qui rejettent moins les spectacles populaires qu’ils ne se méfient de l’injonction à effacer la part de l’expérimentation en eux.
Mais de quoi le populaire est-il le nom ? D’un rejet pour le coup populiste de la création, ou d’une aspiration à rassembler un peuple à travers la diversité culturelle ? À écouter Alloncle, le RN et tous leurs ami·es en guerre contre le modèle de soutien public à la création artistique patiemment construit depuis les années 1960 en France, on voit bien venir une acception restrictive et identitaire de toute politique publique chargée de répondre à une certaine désaffection du peuple vis-à-vis des institutions culturelles. La liberté de création artistique est aujourd’hui ciblée par ceux-là mêmes qui sont aux portes du pouvoir. Plutôt que de laisser au RN le soin de capter la catégorie populaire, certain·es comme Victorien Bornéat, appellent à une vraie “riposte populaire”.
Dans son manifeste, L’Exclusion culturelle (éditions du Faubourg), le jeune auteur estime qu’il est urgent de rétablir une légitimité populaire à la dépense culturelle publique afin de “renforcer la relation entre les œuvres et la population”. On pourrait discuter longtemps de cette catégorie de “Nouveau populaire” et de savoir si les innovations esthétiques sont par nature anti-populaires : le populaire, est-ce qui plaît au plus grand nombre, ce qui suscite du partage, ce qui s’oppose à tout effort de complexification d’un récit ou d’une forme, ce qui secoue et modifie le regard sur le monde ? Mais, par-delà les approches que chacun·e donnera à ce mot-valise instrumentalisé à outrance, l’urgence s’impose de défendre, encore et toujours, le cadre d’une politique culturelle qui sacralise la liberté de création et l’expérimentation esthétique, tout en honorant la dimension populaire dont chaque œuvre contient secrètement la promesse.

Il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
DIACRITIK publie "il suffit de traverser la mer", un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen

Edouard Louis : « L’autobiographique c’est le risque », pour une théorie du roman vrai
Un article de Danièle Pétrès, le 04 février 2026 dans L'INVENTOIRE
Édouard Louis est l’auteur d’une dizaine de livres, dont sept romans autobiographiques. Une œuvre qui fore le territoire de la violence, celle que crée le milieu social et politique sur les corps et les destins des individus. Dans "Que faire de la littérature", un livre d’entretiens mené par Mary Kiridi, sa réflexion se fait essai, en définissant ce qu’est une littérature de la confrontation qui confère au roman autobiographique une force politique et poétique ; un dispositif littéraire à même de faire changer le regard du lecteur sur ce qui l’agit : « Le problème du monde, ce n’est pas la curiosité de voir, mais la lutte pour ne pas voir. Et donc, le problème de l’art, c’est de forcer à voir ».
Centrée sur la violence sociale du milieu social dans lequel Édouard Louis est né, chacun de ses romans parle successivement de sa trajectoire pour en sortir, de la vie de son père, de sa mère, et de celle de son frère. L’anatomie de ses rapports avec sa famille constitue le creuset d’une réflexion politique en action, à l’intérieur de laquelle il pose ces questions « qu’est-ce que la violence d’une politique produit sur les corps des gens : une aide sociale en moins, un changement de taxation, etc. », et qu’est-ce que la violence de son milieu familial a créé sur lui, puis sur son père, son frère et sa mère ...

La récriture des classiques : une forme de censure ?
Un article de NONFICTION.fr (15 jui 2025) à propos du livre de Laure Murat "Toutes les époques sont dégueulasses"
Pour Laure Murat, si la « récriture » morale des classiques constitue un procédé inefficace auquel il faudrait préférer la réécriture créative, il ne s’agit pas cependant d’une « censure nouvelle ».
La culture contemporaine vit un malaise profond qui s’incarne, entre autres, dans la stérilité des polémiques interminables autour de la récriture des classiques ou de certains best-sellers pour les rendre plus ou moins « conformes » à la morale de notre temps. Mais, au milieu du brouhaha médiatique qui monte en épingle et entretient ces confrontations houleuses, que signifie véritablement « récrire un classique » ? ...

Belgique francophone : un bilan 2025 contrasté pour les librairies indépendantes
Un article dans Les Carnets et les Instants, le 06/02/2026
Le Syndicat des libraires francophones de Belgique (SLFB) tire le bilan de l’année 2025. Deux axes se dégagent : l’équilibre économique fragile des libraires indépendantes et leur rôle social incontournable.
Le chiffre d’affaires de l’année 2025 a progressé de 1,4 % par rapport à l’année précédente. Cette hausse, qui est une bonne nouvelle, est à nuancer. En 2024, la hausse était de 2,76%. De plus, la progression s’opère uniquement via la vente au comptant (+2,22%), les ventes sur facture, à destination des collectivités, sont quant à elles en diminution (-1,76%) ...

« Écrire, c’est dire et se taire à la fois » (Le noir de l’image est plus vaste que l’image, de Jean-Philippe Cazier )
Un entretien avec Jean-Philippe Gazier sur le site DIACRITIK, le 5 février 2026, à propos de "Le noir de l’image est plus vaste que l’image",de Jean-Philippe Cazier
Le noir de l’image est plus vaste que l’image, de Jean-Philippe Cazier, évoque la violence comme politique qui s’exerce sur les corps. L’écriture y interroge la possibilité de dire cette violence ou la possibilité de ne pas la dire, la possibilité du témoignage comme du silence – le silence devenant un moyen paradoxal d’être lié à ceux et celles qui ont subi ou subissent cette violence. Entretien avec l’auteur.
Ce livre de poésie vient après Page blanche Alger (LansKine, 2022) qui se concentrait sur l’enfance, et la mère notamment, au fil de la « biographie d’une absence », à partir d’un « récit sans narration ». En quoi Le noir de l’image est plus vaste que l’image suit-il les traces et les émissions de flux disséminés dans ce précédent ouvrage ?
J.-P. Gazier : Ces deux livres s’écrivent là où on ne sait pas, une ignorance qui ne serait pas effacée par une réponse. Dans Page blanche Alger, plutôt que de reconstituer la biographie de ma mère, dont l’histoire est pour moi lacunaire, je m’efforce de construire un récit qui maintient les lacunes, qui les multiplie. Le récit se défait en même temps qu’il se crée. Pour Le noir de l’image est plus vaste que l’image, j’essaie de créer du récit en restant à cette place de l’ignorance, de l’impossible, mais les enjeux, les objets, les choix stylistiques sont en partie différents ...

Dominique Eddé : une dure lucidité
Un article de L'ORIENT LITTERAIRE, le 4 février 2026, à propos du livre de Dominique Eddé "La mort est en train de changer"
Contrairement à mes habitudes, j’ai tardé à lire le dernier essai de Dominique Eddé. Sa couverture grise, austère, retenue, profondément funèbre, à l’image du Moyen-Orient d’aujourd’hui, ainsi que son titre énigmatique, La Mort est en train de changer et son sous-titre, Gaza et la défaite de l’humanité, n’étaient pas de nature à inciter quiconque souffre de Weltschmerz* à s’y plonger immédiatement.
Cette lecture est en effet inconfortable, mais elle en est d’autant plus nécessaire. L’essai laisse une inquiétude durable, une fissure chez son lecteur. C’est sans doute là sa plus grande réussite. Kafka, sur lequel Dominique Eddé s’appuie, aux côtés de Dostoïevski, pour étayer certains de ses arguments, disait qu’un bon livre est celui qui, telle une hache, vient briser la mer gelée en nous ...
- L'intégralité de l'article ou ICI (PDF)

Retour sur la 10e édition des Nuits de la lecture
Un article sur le site de Centre National du Livre, le 26 janvier 2026
Cette année, les Nuits de la lecture ont invité le public à se retrouver autour de milliers d'animations littéraires, placées sous le thème « Villes et campagnes ». Du 21 au 25 janvier 2026, cette 10e édition a rassemblé plus de
8 500 événements dans près de 4 500 lieux, en France et dans une trentaine de pays. Organisée pour la cinquième année consécutive par le Centre national du livre (CNL) sur proposition du ministère de la Culture, la manifestation, soutenue par Marie-Hélène Lafon et Laurent Gaudé, a une nouvelle fois rencontré un large succès grâce à l'implication d'acteurs toujours plus engagés.
Pendant cinq jours et cinq nuits, lectures, rencontres et performances ont célébré le plaisir de lire dans une ambiance créative et conviviale. Bibliothèques, librairies, écoles, théâtres, musées, lieux culturels et artistiques, espaces associatifs et de solidarité, établissements pénitentiaires ou encore Instituts français : partout, le livre a créé du lien et réaffirmé sa place essentielle dans nos vies ...
Les Mains dans les poches : Édouard Louis, Monique s’évade
Une note de lecture de DIACRITIK (février 2026)
Une nuit, alors qu’il est en Grèce, Édouard Louis reçoit un appel de sa mère. L’homme avec lequel elle vit, ivre, l’insulte et la menace. Cette scène se répète mais elle a caché cette violence récurrente à son fils qui la pensait libérée après la rupture avec son père. Cette scène est celle de trop, il lui faut fuir. Mais comment ? comment fuir quand on a consacré sa vie à ses enfants, qu’on n’a rien à soi ? Le livre d’Édouard Louis, Monique s’évade, est la tentative de dire « le prix de la liberté », sous-titre du livre et défi littéraire.
Ce livre, Édouard Louis aurait voulu ne pas l’écrire. Il pensait sa mère à l’abri depuis qu’elle avait quitté son père et s’était installée à Paris, avec un autre homme ...

Comment finir ?
Entretien (décembre 2025) avec Wajdi Mouawad autour du spectacle Willy Protagoras enfermé dans les toilettes.
En choisissant de mettre en scène comme dernière création à La Colline « Willy Protagoras enfermé dans les toilettes », première pièce écrite et achevée, vous conjuguez simultanément deux verbes qui sont, comme vous aimez les appeler, deux verbes de l’écriture : commencer et finir. Qu’évoque pour vous l’association de ces deux verbes ?
Ce qui me vient est la figure de la spirale, davantage que celle du cercle. La spirale revient d’une certaine manière au même point, mais à un niveau qui n’est ni supérieur, ni inférieur, simplement autre. Ce moment correspond pour moi à l’achèvement d’une étape, sur un chemin très personnel. Je pourrais distinguer trois temps sur ce chemin, qui correspondraient aux trois tiers d’une vie. Le premier tiers a consisté à apprendre une autre langue, à déménager, à accepter les morts, les pertes. Apprendre et accepter que la vie est brutale, difficile, et faire avec. Apprendre même à devenir imperméable, comme une sorte de défi à toute idée de tristesse, de chagrin, de ressassement du malheur. Refuser ça obstinément, le rejeter totalement. Le deuxième tiers aura été le théâtre, avec des compagnies, petites puis plus importantes, avec la direction d’un premier théâtre, d’un second, jusqu’à La Colline. Il y a quelques années, j’ai compris que le moment était venu de terminer ce second tiers, pour me trouver, avant mes 60 ans, dans un endroit de liberté, sans équipe, sans structure, sans rien, et ainsi entretenir seulement un lien privilégié à l’écriture – qui demande tant de temps, de silence, de calme et de vide. Depuis, j’amorce cette descente, comme dans un voyage en avion – pour atterrir à Paris, il faut commencer à perdre de l’altitude à Lyon – en réfléchissant à cette question : « comment finir ? » ...

Les lieux de culture attaqués : une librairie niçoise fait condamner l’État
Un article sur le blog du Club des lecteurs de MEDIAPART (29/01/2026)
Il ne fait pas bon de tenir une librairie indépendante dans la France de 2026. Entre perquisitions et intimidations, l’État et l’extrême-droite se retrouvent pour attaquer ces lieux essentiel de culture résistante. Entretien avec Maud Pouyé, dont la librairie niçoise, les Parleuses, a récemment fait condamner l’État pour censure ...

Une sélection de lectures pour les 0 à 5 ans
Une sélection du site LES C ARNETS ET LES INSTANTS (01/02/2026)
Le Service général des Lettres et du Livre (SGLL) publie une sélection de livres destinés aux jeunes lectrices et lecteurs de 0 à 5 ans. La sélection, établie par une quinzaine d’expertes et experts en collaboration avec le Service PECA, met en avant des œuvres récentes, belges et internationales.
Les cinquante livres retenus dans la sélection sont présentés par ordre, assortis d’un résumé et d’une critique. Des mots-clés, repris ensuite dans un index, facilitent la recherche thématique ...

La langue et la voix dans la biographie
Michèle Cléach présente la journée sur le site de L'Inventoire (29 janvier 2026)
En mars dernier, Aleph-Écriture organisait les premières Assises de la biographie qui ont réuni plus de 200 participants. Les retours ont été unanimes quant au bien-fondé d’une telle initiative : offrir aux biographes – dont le métier est essentiellement solitaire – un espace de rencontres entre pairs, un espace de réflexion nourri par des interventions de spécialistes du récit biographique, de l’éthique et de l’accompagnement, et un espace d’échanges autour de différentes expériences biographiques.
Outre une publication à venir issue de ces Assises [1] et la programmation déjà actée des deuxièmes Assises en mars 2027, nous proposons cette année une journée d’études sur une thématique récurrente à laquelle sont confrontées les biographes.
Elle aura lieu le samedi 14 mars prochain, sur un des thèmes les plus plébiscités par les biographes : la langue et la voix dans la biographie.
Tous les biographes le savent : c’est lorsque les destinataires de la biographie, enfants, petits-enfants, et proches le disent, de cette façon ou d’une autre : « C’est formidable, j’ai l’impression de l’entendre ou d’entendre sa voix », qu’ils savent que la biographie est réussie, qu’ils ont rempli leur contrat. Mais comment y sont-ils arrivés ? Pour un biographe débutant ce sont souvent des heures de travail, des phrases écrites et réécrites, des enregistrements écoutés et réécoutés, des relectures de pages de carnet sur lesquelles sont notées expressions et manières de dire. Car passer d’un récit oral à un récit écrit, tout en faisant entendre la langue et la voix de l’autre ne se fait pas en claquant des doigts.
Dans un article [2] à propos du livre d’Adélaïde Blasquez, Gaston Lucas, serrurier [3], Philippe Lejeune note, alors qu’il a entendu un des enregistrements des entretiens entre les deux protagonistes après avoir lu le livre : « Immédiatement je reconnais Gaston ! Sa voix, son rythme, son débit, son accent, c’est à peu près exactement ce que j’imaginais. À mettre au crédit de l’écrivain. » Il développe ensuite son propos et analyse ce qui, dans l’écriture, a permis au lecteur d’avoir cette perception : entendre la voix de Gaston Lucas. Il y est question de condensation de l’oral, du rapport à la fidélité au récit oral, de procédés d’écriture, et de la part active du lecteur, tout un art ! que Philippe Lejeune qualifie de « système en trompe l’œil ».
Au cours de cette journée, les différents intervenantes, autrices et biographes, apporteront leur témoignage, dévoileront leur « tour de main », partageront leurs expériences et leurs pratiques et échangeront avec les participants et participantes.
[1] « Les enjeux sociétaux de la biographie », Chronique Sociale, sous la direction de Michèle Cléach et Delphine Tranier-Brard,
à paraître en 2026.
[2] Philippe Lejeune, « Ethnologie et littérature : Gaston Lucas Serrurier », in Études rurales, n°97-98, 1985.
[3] Adélaïde Blasquez, Gaston Lucas, serrurier : chronique de l’anti-héros, Pocket, 1983.
Mes livres du mois
Tous les livres dont Pierre Ahnne a parlé sur son blog pendant le mois de Janvier 2026
- Lire ICI

La sérénité du plongeur de fond
Une note de lecture à propos du livre de Jean-Luc OUTERS, "Le commencement, l’éternité, Impressions nouvelles". Parution sur LES CARNETS ET LS INSTANTS - Le blog des Lettres belges francophones
Toute écriture de l’enfance est roman davantage qu’autobiographie, dans la mesure où il s’agit à l’auteur.ice qui ose s’emparer de ce sujet si flou et fluant, son moi ancien, de faire renaitre un monde irrémédiablement englouti par le cours du temps, enfoui dans les tréfonds de l’intimité. Pour Jean-Luc Outers, renouer avec le commencement, l’éternité de son être, c’est proposer en une suite de chapitres serrés autant de microfictions où il met en scène le personnel de son récit familial et familier ; et de microfrictions où il convoque sensations, humeurs, émotions, tensions et joies pour nous en faire ressentir l’étoffe, en toute proximité.
Alors, les moments intenses ou routiniers s’enchainent aux photos de familles, glissent du noir et blanc à une couleur graduelle, jamais vive ni aveuglante, souvent estompée selon les ondulations mêmes d’une capricieuse mémoire. Outers n’a rien à apprendre de ce drame schisteux d’un intellect s’effritant par petits bouts, lui qui a assisté aux ravages d’un AVC sur l’animal politique que fut son père, Lucien Outers, auteur de l’essai aux accents pamphlétaires Le divorce belge. Alors qu’aujourd’hui il a dépassé de cinq ans l’âge auquel s’est éteint son propre géniteur, le fils jouit d’un esprit intact, ce qui ne l’empêche pas de conserver en permanence le souci lucide de ce qui pourrait advenir, ou plus assurément de ce qui advient fatalement ...

Droits d'auteur et IA
Trois articles de LivresHebdo
1*- Parlement européen : un rapport défend la rémunération des créateurs de contenus par
les IA (28/01/2026)
Dans un rapport publié mercredi 28 janvier, les membres de la commission des affaires juridiques du Parlement européen plaident pour une meilleure protection des détenteurs de droits en ligne face à la montée en puissance des outils d'IA générative. Le rapport sera soumis au vote de l'ensemble des députés européens en mars.
- Lire ICI
2*- IA et droit d'auteur : une proposition de loi au Sénat pour inverser la charge de la preuve (16/12/2025)
Face au pillage massif des contenus culturels par les IA génératives, des sénateurs ripostent avec une arme juridique inédite : une présomption d'exploitation qui inverse la charge de la preuve. Le texte transpartisan sera dévoilé ce mercredi 17 décembre 2025.
- Lire
ICI
3*- IA et droits d'auteur : l'accord d'Anthropic à 1,5 milliard de dollars finalement approuvé par un juge américain
(28/09/2025)
La société américaine Anthropic devra verser au moins 1,5 milliard de dollars pour indemniser des auteurs, ayants droit et éditeurs dont les livres ont été illégalement téléchargés pour entraîner son modèle d'IA générative, a finalement décidé un juge le 25 septembre 2025. Un montant qui pourrait encore augmenter en fonction de la liste des livres concernés.
- Lire
ICI

Rose la nuit, Maryline Desbiolles (Sabine Wespieser)
Une note de lecture de Pierre Ahnne sur son blog littéraire, le 13/01/2026
Les personnages de Maryline Desbiolles sont des personnages en mouvement. Ils courent, comme l’héroïne de L’Agrafe (1), qui sillonne les collines de l’arrière-pays niçois. Que fuient-ils ? Le passé. Un passé, comme cette héroïne, de racisme et de mise à l’écart, ou, comme les ouvrières d’Il n’y aura pas de sang versé (2), d’exploitation et de patriarcat. Mais en même temps un autre passé, individuel, ayant ses racines dans l’enfance, les porte et les aide à sortir d’elles-mêmes, entraînées par une écriture fluide et galopante ...

Un nouveau regard sur la vie de Hannah Arendt
Un article de NONFICTION.fr (24/01/2026) à propos du livre "Hannah Arendt" de Thomas Meyer
La biographie de Hannah Arendt par Thomas Meyer lève le voile sur certains épisodes méconnus de la vie de la philosophe, notamment son engagement dans le sauvetage des enfants juifs de France.
Thomas Meyer, l’auteur de cette biographie qui revendique et annonce ne pas en être tout-à-fait une, est professeur de philosophie à la Ludwig-Maximilian-Universität de Munich. Il dirige depuis plusieurs années la publication des œuvres complètes de Hannah Arendt, en douze volumes, chez Piper Verlag. Dans l'avant-propos de cet ouvrage singulier, il explique avoir choisi « de présenter la vie et l’œuvre de Hannah Arendt presque intégralement dans son temps. » ...

On ne meurt pas dans la rue mais de la rue
Une chronique de Lola Lafon dans LIBERATION du 24/01/2026
"Les sociétés contemporaines sont des «Titanic» qui ne sombrent pas, les passagers y sont classés par ordre de valeur. Dans le tableau Excel du néolibéralisme, qui ne consomme pas, ne compte pas .."

Le Livre blanc de la décentralisation culturelle
A quelques semaines des élections municipales, un Livre blanc pour conjurer le scénario du «grand effacement» (Observatoire des politiques culturelles - Nantes 20/01/2026)
En réaction au contexte de grande fragilisation politique et budgétaire de l’action publique de la culture, plusieurs associations et fédérations d’élu·es, de collectivités territoriales et de professionnel·les ont souhaité, avec l’Observatoire des politiques culturelles, faire cause commune pour relancer le chantier de la décentralisation culturelle. Faut-il en faire évoluer l’esprit, les attendus, les équilibres et les règles du jeu ? Les fondements politiques, législatifs et contractuels ? Les espaces de négociation, de concertation et de coordination ?
Depuis plusieurs mois, une quarantaine de réseaux nationaux participe ainsi à une démarche de livre blanc pour une nouvelle organisation territoriale des politiques culturelles. Cette publication, présentée aux Biennales internationales du spectacle (Nantes) en janvier 2026, regroupe un premier ensemble de contributions, visant à faire avancer le débat sur le sujet, à préparer les prochaines échéances électorales et à nourrir le dialogue avec l’État et les parlementaires.

Bibliothèque gratuite, on a tout à y gagner !
L'ALB (Association des bibliothécaires de France) se prononce pour la gratuité
La bibliothèque est le premier lieu d’accès à la culture et parfois le seul équipement culturel de proximité sur le territoire, un des lieux les plus démocratiques et inclusifs.
Le Manifeste de l’UNESCO sur les bibliothèques publiques indique clairement que « Les services [que la bibliothèque] assure sont accessibles à tous, sans distinction d’âge, de race, de sexe, de religion, de nationalité, de langue ou de condition sociale ».
Instaurer la gratuité de l’inscription en bibliothèque, c’est offrir un accès simplifié et démocratique à la lecture, à la culture, à l’éducation et l’information tout en mettant fin à des démarches contraignantes au moment de l’inscription.
La gratuité… ouvre et facilite l’accès de tou·te·s les habitant·e·s à l’information ainsi qu’à une offre culturelle
riche et diversifiée ...

Il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
DIACRITIK publie "il suffit de traverser la mer", un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen
Manuel de survie
Un article de EN ATTENDANT NADEAU, le 10/01/2026, à propos du livre de Dominique Eddé "La mort est en train de changer"
La mort est en train de changer se lit comme une interrogation au sujet des principes historiques, éthiques et linguistiques qui ont orienté les prises de parole de Dominique Eddé au cours des deux années de guerre et de massacres à Gaza.
Parmi les nombreuses publications qui ont marqué cette période et ont cherché, sans attendre l’heure du recul scientifique et de l’apaisement émotionnel, à documenter, rapporter et analyser la destruction de la ville palestinienne et de sa population, cet essai se démarque par sa voix silencieuse, mélancolique, interrogative, émanant pourtant d’un lieu très proche des bombardements. Loin des joutes oratoires et médiatiques, Dominique Eddé pense depuis un état d’« impuissance », qui n’est ni un renoncement ni un repli sur soi, mais le lieu même d’où peut surgir l’inverse de ce qu’elle dénonce ...

Poème nomade en résidence à Arles avec Anne Baatard
Du 24 au 28 avril 2026, une formation d'Aleph Ecriture animée par Anne Baatard
Fort du succès de l’atelier qui s’est tenu en novembre dernier sur Teams, Anne Baatard propose à nouveau de mettre en mouvement votre écriture en suivant l’atelier Poème nomade en résidentiel à Arles.
Un entretien sur le site de L'Inventoire :
L’Inventoire : « Jusqu’au fond, tout au fond / Il fallait accomplir le voyage », écrit Kenneth White dans son recueil Territoires chamaniques. À quel voyage invitez-vous les participants de cet atelier ?
Anne Baatard : Le voyage nous fait grandir et peut faire grandir l’écriture en brouillant les repères. Le voyage, entendons-nous sur ce mot, n’exige pas toujours le lointain, la grandeur, il s’accommode de mouvements et de déplacements que l’on croirait mineurs mais qui irriguent nos vies, nos poèmes, nos carnets d’écriture. Bouger, regarder, ressentir, quitter ses territoires, élargir sa vision, se perdre, rencontrer, s’émerveiller, s’étonner : tout cela peut conduire à un geste d’écriture plus nécessaire et plus vivant ...
Elle animera d’autres stages autour de la poésie :
- Poésie en méditerranée à partir du 26 janvier 2026 (en ligne via Teams),
- Poésie du quotidien à partir du 23 février (en ligne via Teams),
- Délices du haïkuà partir du 09 juin 2026 (en ligne via Teams).
Entretien avec Brigitte Jaques-Wajeman, metteuse en scène de "Vie et destin" de Vassili Grossman
Entretien paru dans la revue LA TERRASSE, le 20 décembre 2025
Ce fut en 1960 un manuscrit « arrêté » par le KGB. C’est aujourd’hui un des plus grands romans de la littérature mondiale, œuvre de vérité sur les régimes soviétique et nazi. Brigitte Jaques-Wajeman et ses neuf interprètes le traversent en auscultant la tension entre liberté et soumission.
Quel regard portez-vous sur le roman de Vassili Grossman ?
Brigitte Jaques-Wajeman : Depuis plus de vingt ans, je désire le porter au théâtre. Ce roman exceptionnel que Vassili Grossman achève en 1960, censuré en Union Soviétique, publié en Occident en 1980, déploie une des réflexions les plus belles et les plus lucides que j’ai lues sur le XXe siècle, sur la violence et l’horreur de ce siècle, sur le fait que les idéologies qui l’ont traversé ont toutes engendré des régimes de terreur, y compris celles qui se revendiquaient émancipatrices. ...
Le seul fils
Un article de EN ATTENDANT NADEAU, le 6 janvier 2026, à propos du livre "Hors champ" de Marie-Hélène Lafon
Comment raconter le hors-champ ? Gilles, le frère de Claire, est au cœur du nouveau récit de Marie-Hélène Lafon, ce frère pétri de silence et de souffrance qui affleure, sous les mots toujours tus, les gestes mécaniques, ce frère qui est là déjà dans Les sources (2023) mais comme en filigrane, ou tout simplement en « hors champ », et dont la présence nous marque malgré tout et nous intrigue. C’est une présence comme en creux, qui échappe et semble recouvrir un secret inavouable, que l’écriture de Marie-Hélène Lafon tente d’incarner dans ce récit, ce qu’elle commence à faire déjà dans Vie de Gilles, paru en 2025, en collaboration avec l’artiste Denis Laget. Peut-on faire entrer Gilles dans le champ ?

Des outils de réflexion
L'APA (Association pour l'autobiographie et le patrimoine autobiographique) met à disposition, sur son site, des textes de réflexions théoriques
Présentation par l'APA :
" Notre association est, avant tout, le précieux conservatoire des textes et documents autobiographiques qu’on veut bien lui confier. Mais elle est aussi un lieu d’échange et de réflexions sur
l’histoire et les formes de ces pratiques, sur les motivations de ceux qui s’y livrent, sur les formes très variées qu’elle peut prendre à travers le temps et selon les personnes...
Il nous a donc semblé intéressant de donner à nos lecteurs quelques textes autour de ces questions, spécialement lorsque ceux-ci articulent réflexion théorique et fondements de notre association"
- Voir ICI
Israël contre Palestine : l’autre guerre de cent ans
Une note de lecture de Georgia Makhlouf (L'Orient Littéraire, le 07/01/2026) à propos du livre de Rashid Khalidi "100 ans de guerre contre la Palestine : une histoire de colonisation et de résistance"
Rashid Khalidi est un historien spécialiste du Moyen-Orient et de la Palestine, titulaire de la chaire Edward Saïd d’études arabes contemporaines à l’Université de Columbia où il a longtemps enseigné, avant de prendre ses distances avec l’administration suite aux mesures qui ont été décidées pour mettre fin aux mouvements propalestiniens qui ont mobilisé les étudiants et agité le campus. Il a également fait partie de la délégation palestinienne lors des négociations de paix qui se sont déroulées à Madrid et Washington entre 1991 et 1993. Son ouvrage, qui vient d’être traduit en français chez Actes Sud, est une version augmentée d’un précédent ouvrage paru en anglais en 2020 et qu’il a repris pour rendre compte des événements qui ont fait suite au 7 octobre 2023. Cent ans de guerre contre la Palestine : une histoire de colonisation et de résistance offre ainsi un regard nouveau et essentiel sur un conflit tragique, dont les derniers développements annoncent sans doute la naissance d’un nouveau paradigme...
La rentrée littéraire d’hiver 2026 : une rentrée sauvage
Un article de EN ATTENDANT NADEAU, le 6 janvier 2026
La rentrée d’hiver 2026 semble prendre le contre-pied de celle d'automne. Par rapport aux règles, aux codes, aux normes que semblent actuellement adorer beaucoup de Français – autant que ceux qui promeuvent ces normes à coups d’investissements médiatiques démesurés ou d’opportunisme servile –, cette rentrée, on aurait envie de la qualifier de sauvage. Vive, débridée, inventive, dure pour dire la dureté de la société, lancée vers les espaces où le poids de celle-ci s’allège.
Depuis un certain temps maintenant, janvier et février sont devenus une véritable rentrée littéraire. Mais une rentrée seconde, qui s’envisage par rapport à la première, d’août-septembre, électrifiée par la constellation des prix. L’automne 2025 avait été marqué par le nombre de livres centrés sur les pères, et surtout les mères, souvent manquants ou défaillants. On pouvait y voir un repli sur l’intime, un questionnement sur la transmission, un besoin de repères. Mais peut-être aussi de la prudence de la part d’éditeurs qui, dans leur majorité, font partie de grands groupes contrôlés par des patrons peu progressistes, en des temps d’incertitude politique. Même s’il y a eu heureusement des contre-exemples (Les forces de Laura Vasquez, Tovaangar de Céline Minard, Le bel obscur de Caroline Lamarche, L’entroubli de Thibault Daelman… et bien d’autres), août-septembre n’a brillé globalement ni par le saisissement par la littérature du politique et du social, ni par les audaces formelles.
En janvier et février 2026, à l’inverse, peu de grands noms, et certains préférant le pas de côté plutôt que le grand roman : J. M. G. Le Clézio avec les essais de Trois Mexique (Gallimard), Anne Serre par ses carnets de Rêve cette nuit (Verdier), Russell Banks, présent avec les trois novellas posthumes d’American Spirits (Actes Sud). Quant à Pascal Quignard, il publie Il n’y a pas de place pour la mort chez un nouvel éditeur (Éditions Hardies) ...

Prix littéraires (auteurs et autrices belges) : l’année 2025 en un coup d’oeil
Dans LE CARNET ET LES INSTANTS (Le blog des Lettres belges francophones)
2025 s’est achevée et vient l’heure des bilans. En littérature générale, en littérature pour la jeunesse, en bande dessinée et en langues régionales, voici les auteurs et autrices belges lauréat-e-s ou finalistes de prix littéraires en Belgique ou à l’étranger ...
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Le chemin d’écriture d’Anne Berest : de la biographie au roman
Un article de L'INVENTOIRE, le 29/11/2025
Le 15 novembre 2025, nous avons invité la romancière Anne Berest à la Maison de la Poésie pour évoquer son parcours d’écriture, en dialogue avec Michèle Cléach, formatrice à Aleph et spécialiste des récits de vie et des ateliers d’écriture. De cette rencontre, nous avons retenu cinq piliers majeurs de sa démarche d’écrivaine.
Avant même d’écrire, Anne Berest avait le désir d’écrire. Un désir souterrain, presque originel. En remontant le fil de son histoire, elle découvre que ce besoin s’inscrit dans sa lignée : une vocation avortée de génération en génération, une impulsion transmise mais jamais accomplie. Écrire devient alors « un geste de loyauté vertueuse envers son arbre généalogique » : accomplir ce que d’autres n’ont pas pu. Mais désirer écrire ne suffit pas. La réalité matérielle, elle, impose ses règles. Pour vivre, Anne Berest devient biographe. Et sans le savoir, elle entre ainsi dans la plus solide des écoles d’écriture...

















