Les livres des séances des BOUILLONS
Saison 2025-2026

Le nom des rois
Charif Majdalani
« Et d’un seul coup, le monde qui servait de décor à tout cela s’écroula. J’en avais été un témoin distrait, mais le bruit qu’il provoqua en s’effondrant me fit lever la tête et ce que je vis alors n’était plus qu’un univers de violence et de mort. C’est de celui-là que je suis devenu contemporain. J’avais été, durant des années, dispensé d’intérêt pour ce qui se passait autour de moi par ma passion des atlas, par les royautés anciennes et inutiles et par les terres lointaines et isolées, les berceaux de vieux empires oubliés.
Désormais, l’histoire se faisait sous mes yeux et je la trouvais moche, roturière et vulgaire. »
Dans ce récit de passage à l’âge adulte porté par une écriture ample et élégante, Charif Majdalani raconte la disparition d’un pays et explore ce qui subsiste de l’enfance lorsqu’elle capitule devant les fracas du monde.

Le Palmier
Valentine Goby
À la manière des imagiers de notre enfance, Valentine Goby offre un roman d’initiation à la fois grave et lumineux : le portrait kaléidoscopique d’une petite fille qui cherche à guérir de ses blessures grâce à ses liens sensibles au langage et à la nature.
Vive est une enfant dont la jeunesse se déploie à l’ombre des grands arbres du jardin familial, dans l’attente des essences exotiques que son parfumeur de père rapporte de ses lointains voyages, et en écho aux mots nouveaux qu’elle consigne dans son carnet pour apprivoiser le monde qui l’entoure. Un univers merveilleux peu à peu teinté d’angoisses dont Vive va tenter de saisir l’origine en archéologue de sa propre existence. Afin de comprendre la signification de l’image obsédante qui ouvre le livre et signe la fi n de l’innocence – le palmier mort –, elle va défroisser les plis de sa mémoire et reconstituer le puzzle des souvenirs.
"Le palmier" est le roman vrai d’une héroïne qui, comme l’autrice elle-même, fut très tôt confrontée à l’enchantement et à l’effroi. Il est aussi une fascinante enquête, intime et poétique, sur l’univers de la parfumerie, le territoire de l’enfance, les pouvoirs de l’imaginaire et l’aventure de l’écriture.

La Maison vide
Laurent Mauvignier
En 1976, mon père a rouvert la maison qu’il avait reçue de sa mère, restée fermée pendant vingt ans.
À l’intérieur : un piano, une commode au marbre ébréché, une Légion d’honneur, des photographies sur lesquelles un visage a été découpé aux ciseaux.
Une maison peuplée de récits, où se croisent deux guerres mondiales, la vie rurale de la première moitié du vingtième siècle, mais aussi Marguerite, ma grand-mère, sa mère Marie-Ernestine, la mère de celle-ci, et tous les hommes qui ont gravité autour d’elles.
Toutes et tous ont marqué la maison et ont été progressivement effacés. J’ai tenté de les ramener à la lumière pour comprendre ce qui a pu être leur histoire, et son ombre portée sur la nôtre.

L'Infiniment Moyen et plus si infinités dans les limites finies d'une édition minimaliste
Marc-Antoine Mathieu
Ne passez pas à côté du nouveau dispositif de Marc-Antoine Mathieu. Avec ce nouvel album, il expérimente la notion d'infiniment petit en réduisant son format d'exécution à celui d'un timbre-poste...
Défini par l'auteur lui-même comme « ...une folie, au sens architectural du terme », cet ouvrage, réalisé au format de publication (chaque original occupant un espace de moins de 2 cm2) met en scène deux personnages, l'un physicien, l'autre philosophe, glosant sur les caractéristiques de l'infini, et plus particulièrement sur celles liées à l'infiniment petit. Livré avec une loupe, sous coffret.

Mrs Dalloway
Virginia Woolf
Mrs Dalloway est un des romans de Virginia Woolf (1882-1941) les plus connus. En cette fameuse journée de juin, Clarissa Dalloway a cinquante-deux ans, et quand elle publie son roman en 1925, Woolf en a quarante-trois. Clarissa marche dans Londres et se remémore sa jeunesse, ses amitiés, ses amours. Le roman s’intitulait d’abord Les Heures parce qu’il est rythmé par le carillon de Big Ben, le temps qui passe et frappe dans la vie d’une femme. Ce continuum romanesque de la pensée, de la mémoire, des actions, des sensations, c’est le fameux « stream of consciousness », le flux de conscience. La nouvelle traduction de Nathalie Azoulai parvient à rendre en français la langue si singulière – vive sans être parlée, logique mais peu articulée – de ce roman culte de la modernité littéraire.

Hors champ
Marie-Hélène Lafon
Gilles est le fils, celui qui devra tenir la ferme. Claire, la soeur qui n'est pas concernée par cette décision, prend la tangente au fil des années grâce aux études.
La ferme est isolée de tous. C'est le royaume du père qui donne libre cours à sa violence.
"Hors champ" traverse cinquante années. Dix tableaux, dix morceaux de temps, détachés, choisis ; le lecteur y pénètre tantôt avec elle, Claire, tantôt avec lui, Gilles. L'auteure fait alterner ces points de vue, toujours à la troisième personne, en flux de conscience.
Les parents, la soeur et le frère, et les autres - au bout du monde où ils se tiennent encordés, impuissants tous les deux.
"Hors champ" est le onzième roman de Marie-Hélène Lafon.

Le Pays dont tu as marché la terre
Daniel Bourrion
Un splendide premier roman sur l'adieu : à l'ami, à la terre, à l'enfance, à un monde qui disparaît, et que ce texte à l'écriture hypnotique arrache à l'oubli. Un hommage aux territoires délaissés et à ceux qui trop tôt sont effacés.
Comment dire adieu à un ami d'enfance quand il n'est plus qu'une silhouette lointaine, enfouie dans les méandres de la mémoire ? Et pourtant le souvenir des après-midis partagés est intact. Ces heures de rien où les amitiés se scellent. Une disparition d'autant plus bouleversante que le camarade semble avoir cessé d'exister avant même sa mort. Une mort lente, d'abord sociale, puis affective. Afin d'honorer cette courte vie faite de dénuement, de redessiner les contours de son visage flou, il faut saisir la langue qui faisait défaut à l'ami pour le raconter, dire la perte, et raviver le village qui fut son seul horizon. Parler avant qu'il ne soit définitivement effacé.
Un premier roman hypnotique dont le verbe inventif et charnel convoque ce qui n'est plus et éclaire le mystère des existences qui côtoient les marges.
Soirée des Bouillons
le 12 mars 2026
à Angers
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Vertu et Rosalinde
Anne Serre
« J’étais folle du nom de ma nouvelle amie. S’appeler Vertu, tout de même ! Et Angenehm qui signifie agréable en allemand. Vertu Agréable ! Comme un personnage de conte. J’étais au premier et elle au rez-de-chaussée, dans des chambres assez semblables avec petit bureau sous la fenêtre donnant sur le jardin. Et tandis que je travaillotais au mien (prenant des notes, faisant des listes, n’écrivant pas vraiment), je pensais à Vertu située exactement au même endroit juste en dessous, et j’avais l’impression d’être dupliquée en quelque sorte, ce qui n’était pas désagréable. »
Dupliquée en trente médaillons, diffractée en trente facettes, telle est la narratrice de Vertu et Rosalinde. D’un récit à l’autre, son identité fluctue : tantôt adulte, tantôt enfant, tantôt Annelise, tantôt Hanna… Mêlant les genres et les tonalités, passant de l’émotion au saugrenu, du piquant au mélancolique, Anne Serre, une et multiple, nous entraîne dans une ronde étourdissante qui dessine un génial autoportrait.
Soirée des Bouillons
le 9 avril 2026
à Angers
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Les années souterraines
Hugo Lindenberg
« L’enfance, ce chemin de ronces, je m’en suis extirpé avec tant de hâte. Elle réside tout entière, images, goûts, sensations, entre les parois de cet immeuble du quinzième arrondissement de Paris, chez mon père, où j’ai croupi dix ans, du jour de la mort de ma mère à mes quinze ans. Je n’y pense jamais, mais la nuit je le retrouve en rêve, cet appartement. Il me retrouve. Toujours le même scénario dont je me réveille comme un fugitif traqué, rassemblant quelques objets dans le désordre et sous la menace d’une apparition paternelle.
Il n’y a jamais eu aucune photo de moi ici. »
Ouvrir la porte de l’appartement honni. Retracer pièce par pièce les souvenirs de ce qui s’est joué jadis avec le père. Puis partir en ayant pris soin de laisser l’enfance là où elle a eu lieu, encagée elle aussi. C’est le rêve, intime et universel, des enfants grandis, un rêve que Hugo Lindenberg met en scène dans une langue somptueuse.
Soirée des Bouillons
le 21 mai 2026
à Angers
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