
Tous les livres - février 2026

Sociobiographie
Didier Ebribon - Entretien avec Geoffroy Huard
Comment se forme une œuvre philosophique ? Et comment le parcours social d’un auteur influence-t-il son écriture et son rapport au champ intellectuel et politique ? Dans ce livre d’entretien avec l’historien Geoffroy Huard, Didier Eribon retraverse les grandes étapes de sa trajectoire et de son œuvre : ses études et la lecture passionnée de Hegel, Marx, Sartre, Beauvoir, Genet ; ses débuts professionnels comme critique littéraire ; ses rencontres déterminantes avec Michel Foucault et Pierre Bourdieu, entre autres. Il revient sur les principaux thèmes explorés dans ses ouvrages depuis la fin des années 1980, de la réflexion sur la subjectivation minoritaire jusqu’à celle sur la vieillesse, en passant par la critique de la psychanalyse, la question des classes, la notion de transfuge…
Au fil des pages se tisse le portrait d’une des œuvres les plus singulières de notre temps, qui permet, en la réinscrivant dans les débats à l’intérieur desquels elle s’est développée, d’en saisir les principes fondamentaux et les enjeux. Comment comprendre l’articulation d’une vie individuelle au contexte social et culturel qui la façonne ? Cet ouvrage propose une nouvelle manière de répondre à cette question classique afin de dépasser les limites de l’autobiographie et de l’auto-analyse : la sociobiographie.

18/02/2026
Poésie d'Afrique au sud du Sahara - 1945-2025
Collectif (textes choisis et présentés par Bernard Magnier)
Par-delà les frontières, Bernard Magnier a réuni des textes écrits en français, traduits de l’anglais, du portugais, mais aussi du swahili, du peul, du haoussa, du yoruba, du pidgin-english, de l’afrikaans ou du créole cap-verdien et de bien d’autres langues africaines.
Les poèmes se côtoient, sans autre classement que l’ordre alphabétique du nom de leurs auteurs et autrices. Ils témoignent des convulsions du continent, dénoncent la dureté du quotidien, les furies des humains, les douleurs de l’exil mais ils célèbrent aussi la beauté, les amours, les engagements et offrent une écoute attentive aux bruissements du monde.
Des formes classiques ou empruntées à des modèles issus de la tradition jusqu’aux textes de la scène, des chansons et des slams, les voix se mêlent et tissent une mosaïque vibrante de l’Afrique subsaharienne d’aujourd’hui.

Et la joie de vivre
Gisèle Pelicot
Le 2 septembre 2024 s’ouvre le procès de Mazan et la France découvre le visage de Gisèle Pelicot. Décidée à ce que « la honte change de camp », elle a voulu et obtenu que ce procès soit public. Son courage bouleverse le monde entier à mesure que l’horreur des crimes qu’elle a subis est exposée au tribunal. Depuis le procès, elle qui n’a jamais pris la parole et est devenue un symbole mondial de la dignité des femmes a décidé de raconter son histoire avec ses propres mots. Elle veut transmettre un message d’espoir à tous ceux et toutes celles qui traversent des épreuves, comme à ceux et celles qui l’ont soutenue au cours de ces semaines d’automne 2024. Le récit ciselé et bouleversant qu’elle a écrit avec la journaliste et romancière Judith Perrignon dévoile l’histoire singulière et passionnante ainsi que les ressorts intimes de l’incroyable résilience de cette femme si secrète.

Deux femmes s’écrivent - Transformer nos épreuves en aventures
Annemarie Trekker
« Sociologue, je me suis intéressée au récit de vie, cette approche qui relie le social, le psychique et la grande histoire. J’ai très vite découvert que l’exploration de ces temps et de ces lieux d’où nous provenons influence notre présent et nos projets d’avenir.
Nous voyageons dès lors dans la vie, avec comme viatique un bouquet issu de nos héritages multiples. Ce livre propose de se pencher vers lui pour mieux les découvrir. »
Elles se rencontrent à Paris à l’occasion d’un stage consacré à l’écriture autobiographique. L’une vit dans les Ardennes belges, l’autre dans le Périgord. Une même communauté d’esprit les lie, un goût pour la lenteur et une méfiance instinctive pour l’agitation criarde.
Marie et Élise décident d’échanger par courriels tout au long d’une année pour revisiter leurs histoires personnelles, les épreuves et les aventures qui les ont transformées.
Peu à peu, leur dialogue devient un laboratoire, un espace de réflexion où leurs expériences prennent sens et ouvrent sur de nouveaux projets de vie.
À la croisée du témoignage et de l’essai, cet ouvrage invite chacun·e à se réapproprier son histoire et à découvrir la force des mots pour relever les défis.

Des départs sans au revoir
Léontine Gnipre - Propos recueillis par Inès Calstas
La vie de Léontine Gnipre est marquée par des départs inespérés, des décès soudains sans explications et des ruptures sans au revoir. C’est aussi l’histoire d’un parcours de migration à la recherche d’une vie meilleure. Les hommes ont une place privilégiée dans son récit. Ils sont beaux, gentils et protecteurs.
Léontine est ici et debout, malgré sa vie cabossée. Son rire et ses yeux pétillants donnent une profondeur à tout ce qu’elle raconte. Elle est vivante, elle est forte et elle nous entraîne dans les plantations de cacao, dans le port d’Abidjan, les discothèques de Madrid et les rues de Genève.

Terre des sans-patrie
Mahmoud Soumaré
« Après l’ultime pluie, lorsque l’eau s’infiltrera sous l’arche des apatrides, nous partirons enfin.
Quand le vaisseau prendra le large, nous nous retournerons une dernière fois vers le Ravin et vers la métropole aux fumées et aux odeurs éternelles et nous aurons une dernière pensée pour nous-mêmes, en une dernière question : avons-nous eu une existence sombre ou une sombre existence ? »
Dans le Ravin, que d’autres appelleraient bidonville, Baba Mathus accueille les exclus, ceux qui n’ont ni acte de naissance ni nationalité. Ils forment une communauté bienveillante, à distance de l’Empire Extérieur et de ses travers. Lorsque des pluies diluviennes laissent cinq enfants orphelins, Madame Jeannette, une visiteuse captivée par la sagesse des Ravinois, endosse le rôle de mère protectrice. Mais le Ravin ne peut les protéger de la nature humaine et, bientôt, la famille est rattrapée par la cruauté de l’Extérieur.
Terre des sans-patrie donne une voix à ceux que l’on ne voit pas et dénonce habilement les maux qui minent presque toute l’Afrique, des séquelles du colonialisme au prosélytisme religieux, en passant par la corruption politique.

Aller à La havane
Leonardo Padura
«La Havane est une ville qui, malgré tous ses défauts et ses lacunes, continue d’avoir une âme. Une âme à fleur de peau. »
Dans l’histoire de la littérature, certains écrivains sont indissociables d’une ville, de son contexte, de son passé, de ses odeurs, de toutes ses contradictions. Le lien entre le Cubain Leonardo Padura et La Havane, ville mythique traversée par des rêves et des révoltes tout autant que par la décadence et les illusions perdues, a toujours été d’une profonde intimité.
Mélange de chronique réaliste et de roman addictif, ce grand livre transforme les habitants de La Havane en personnages aux aventures incroyables, souvent terribles, parfois très drôles. On y découvre une ville malmenée par son passé révolutionnaire et ses fantômes illustres, toujours au bord de la destruction, mais toujours rescapée de l’Histoire ou du climat.
Aller à La Havane
est une grande histoire d’amour entre un écrivain et sa ville. Leonardo Padura, ce formidable conteur, nous fait ressentir comment la réalité de La Havane défie toutes les fictions. Sous sa plume, La Havane est un roman.

Berbessa - Mes ancêtres colons
Michèle Audin
« Je n'avais jamais imaginé écrire l'histoire des colons de Berbessa - je ne les vois pas descendre de moi. Mais, et je n'y peux rien, je descends aussi d'eux. Ainsi sont mes ancêtres : une ouvrière en soie, une repasseuse, et des colons. »
Écrivaine et mathématicienne, Michèle Audin a publié des livres de littérature et d'histoire, sur les anonymes de la Commune, sur les oubliées de sa famille, sur son père Maurice Audin, assassiné par l'armée française en 1957. Berbessa est le lieu où se nouent son identité complexe et notre histoire collective, le village des destins croisés de la France et de l'Algérie en contexte colonial.
Dans ce récit sans concessions, Michèle Audin poursuit son entreprise historique et littéraire : c'est à une autre écriture de soi en même temps qu'à une autre histoire de la colonisation qu'elle nous invite ici.
Présentation de l’éditeur
Michèle Audin est une mathématicienne qui écrit des livres de littérature et d’histoire. Elle est française, mais a grandi à Alger jusqu’à l’âge de douze ans. Ses parents étaient anticolonialistes, alors que ses ancêtres étaient colons. Ce livre est une enquête historique, sans être un ouvrage académique. Il interroge le passé familial, et pourtant, ce n’est pas une autobiographie. Berbessa est le lieu où se nouent l’identité complexe de l’autrice et notre histoire collective, le village des destins croisés de la France et de l’Algérie en contexte colonial.
Berbessa est le nom d’un village algérien, mais aussi celui d’un hameau des Landes. Cette superposition toponymique illustre la relation coloniale entre la France et l’Algérie : « Cette histoire, de Berbessa à Berbessa, est justement une de celles que je vais raconter. » C’est en faisant des recherches en ligne sur Berbessa, un peu au hasard, que l’autrice se lance dans une quête aussi intime que méthodique. À partir des registres d’état civil, de la presse d’époque et des souvenirs familiaux, elle remonte aux origines de la présence de ses ancêtres en Algérie. Dépliant les silences et les secrets de figures féminines oubliées, l’autrice traverse un siècle pendant lequel cette petite communauté croise la marche du monde.
Michèle Audin a déjà écrit sur l’histoire de sa famille, notamment sur la « vie brève » de son père Maurice Audin, assassiné par l’armée française en 1957. D’un récit à l’autre, sans concession, elle poursuit son entreprise à la fois historique et littéraire : c’est à une autre écriture de soi en même temps qu’à une autre histoire de la colonisation qu’elle nous invite ici.
« J’avais écrit le mot “apartheid”. D’autres me l’ont dit et répété, il n’y avait pas d’apartheid en Algérie. Mais voici la troisième réaction. Elle est arrivée dans un coup de fil de Smaïl, le fils d’amis de mes parents. Lui et son frère Youssef avaient à peu près mon âge, autour de six ans au moment dont je parle, vers 1960, et venaient souvent chez nous, le jeudi. Nous déjeunions ensemble, puis ma mère nous emmenait, Smaïl, Youssef, mon frère Louis et moi, à la piscine. Plus de cinquante ans plus tard, ce que Smaïl m’a dit, c’est : “Je détestais cette piscine parce que mon frère et moi étions les deux seuls Arabes.” Il n’y avait pas d’apartheid colonial. Aucun panneau n’indiquait que la piscine était interdite aux Arabes. Elle ne l’était d’ailleurs pas. »
« Les mots, les noms, ceux des lieux que j’ai croisés en écrivant ce texte, sont aussi liés à cette famille. Tipaza, un des premiers que j’ai écrits, est le nom d’un site romain, à l’ouest d’Alger, au bord de la mer, où nous allions souvent, tous ensemble, le dimanche. C’est aussi là que s’est déroulé mon dernier séjour en Algérie, pour un colloque de mathématiques à la fin d’octobre 2007. Il faisait très mauvais dans le ciel et sur la mer. Le temps crachait son écume sur les ruines. J’ai fait des photos de ce désastre et ce lieu me faisait tellement penser à eux que je les ai envoyées à Charlye et Christian avec un “devinez où je suis” – et ils n’ont pas trouvé. »

Wake - L'histoire cachée des femmes meneuses de révoltes d'esclaves
BD de Rebecca Hall (texte) & Hugo Martinez (dessin)
Si les révoltes d’esclaves sont connues, le rôle qu’y ont joué les femmes a souvent été invisibilisé. Petite-fille d’esclaves, juriste et historienne, Rebecca Hall dévoile la trajectoire oubliée de ces femmes qui ont pris la tête de révoltes à bord des bateaux négriers, mais également sur le territoire américain, au XVIIIe siècle. Menant un travail de recherche approfondi dans des archives aux États-Unis et au Royaume-Uni, elle a étudié d’anciens dossiers judiciaires, des journaux de bord de capitaines ou encore nombre de correspondances. Entre ces histoires mises en lumière est intercalée la trajectoire personnelle de Rebecca Hall, celle d’une vie vécue dans le sillage de l’esclavage, et le récit des difficultés qu’elle a rencontrées pour enquêter sur le sujet.
Illustré avec puissance et éloquence, Wake explore les pans occultés d’un héritage douloureux et souligne à quel point le passé, bien que lointain, ne cesse de résonner, jusqu’à aujourd’hui.
Savant mélange de recherche historique, de mémoire intime et de récits fictifs, servi par de puissantes illustrations noir et blanc, "Wake" est un tour de force qui met en lumière le rôle crucial joué par les femmes dans les révoltes d'esclaves à bord des navires négriers mais aussi sur le territoire américain au XVIIIe siècle. Un colossal travail de dévoilement de l'action primordiale de ces femmes qui a toujours été reléguée dans l'ombre de l'histoire officielle.

L'autre côté de l'inceste : à la rencontre des enfants agresseurs
Sarah Boucault
Souvent minimisé, assimilé à du « touche-pipi », l’inceste commis par des enfants est un sujet tabou et pourtant massif. Depuis quatre ans, la journaliste Sarah Boucault, elle-même concernée, œuvre pour sortir ces violences systémiques de l’ombre.
Dans l’optique de comprendre et de se réparer, elle est allée à la rencontre de ces frères et de ces cousins qui ont agressé sexuellement ou violé un autre enfant de leur famille. Sarah Boucault entremêle leurs vécus avec sa propre histoire familiale et les observations des rares professionnel·les qui les prennent en charge.
Une enquête journalistique inédite et salutaire.
Toutes les époques sont dégueulasses - Ré(é)crire, sensibiliser, contextualiser
Laure Murat
Depuis quelques années, un malaise s’est installé dans la culture contemporaine. Ici on récrit des textes classiques ou certains best-sellers pour les purger du racisme et du sexisme, ailleurs on en appelle à une surenchère de contextualisations.
Et si la question qui sous-tend ce vaste débat était mal posée ? S’il s’agissait, dans bien des cas, d’argent et non d’éthique ? Et si la censure n’était pas du côté qu’on
croit ? Et si les précautions prises à tout contextualiser produisaient à terme un effet pervers ?
À l’aide de quelques exemples, Laure Murat tente de rebattre les cartes d’une polémique qui, à force d’amplifier, brouille les vrais enjeux de la création et de sa dimension politique.

Qui se ressemble
Agnès Desarthe
« Tu es ma vie, chante la femme à l’épaisse chevelure noire maintenue en un chignon gonflé. Elle a un mouchoir à la main, comme ma grand-mère, des lunettes fumées, comme ma grand-mère, elle parle arabe, comme ma grand-mère. »
1956, Besançon : un jeune homme venu d’Algérie découvre la France.
6 octobre 1973, Paris, jour de Kippour : une enfant comprend confusément qu’une guerre vient d’éclater.
Au fil du texte, la chanson Enta Omri d’Oum Kalsoum devient fil d’Ariane : une musique-mémoire pour dire l’exil, la langue, la transmission, la traduction – et ce « douanier » imaginaire qui laisse passer les mots mais retient la culture. Avec une justesse éblouissante, Agnès Desarthe signe un récit la fois intime et ample où la musique ouvre les portes du passé et éclaire la complexité d’une appartenance.

Mimésia
Hugues Nicol
Dans un futur lointain, l’empire aux mille planètes est devenu réalité et les différentes civilisations extraterrestres cohabitent dans un monde devenu universel. Sur terre, la culture s’est uniformisée, standardisée pour plaire au plus grand nombre, une culture aseptisée et digérée par une IA surpuissante. Par ailleurs, une police culturelle traque impitoyablement les œuvres du passé afin de les conserver en sécurité dans un endroit hors de portée du commun.
Un groupuscule d’activistes tente de soustraire ces chefs d’œuvres artistiques pour montrer qu’il existe une autre forme de culture… alors qu’ils sont poursuivis par les forces de l’ordre, ils cachent un buste de jeune femme du XVe siècle. Celle-ci est découverte par un robot, simple professeur de sport au collège qui, contre toute attente, troublé par cette œuvre d’art, décide de ne pas la rendre et de la protéger. Il devient alors un fugitif…
Hugues Micol nous livre une réflexion très actuelle dans ce récit qui mêle la mainmise de l’IA sur la création, une action débridée et drôle, et mille références à la pop-culture.
Dessinateur et illustrateur hors pair, Hugues Micol fait vivre ce monde du futur avec virtuosité dans des pages en couleurs directes spectaculaires !

L'envol de la mémoire
Myriam Spira
Betty, résistante, a vingt et un ans lorsqu'elle est arrêtée à Bruges, en mars 1942, pour avoir dissimulé un poste émetteur clandestin. Elle est déportée au camp de Ravensbrück puis de Mauthausen. Joseph, juif et résistant, est arrêté quelques mois plus tard, Gare du Midi à Bruxelles, et déporté à Auschwitz-Birkenau. C'est après leur libération, à bord d'un train de la Croix-Rouge, que Betty et Joseph se rencontrent. Cinq enfants grandissent dans l'ombre de ce couple singulier, beau et meurtri. Cinq enfants pour reconstruire une famille décimée, celle de Joseph, dont le père et les quatre frères et soeurs ont été assassinés dans les camps.
Petite, Myriam Spira écoutait ses parents raconter : la faim, le froid, les souffrances, la douleur des expériences médicales. Mais aussi leur combat pour la vie, l'espoir de retrouver une existence normale. Cet héritage douloureux imprègne l'âme des enfants qui connaîtront le mal-être existentiel, et la difficulté à devenir parents à leur tour. Autant de symptômes d'une transmission souvent indicible.
Myriam Spira nous offre le récit rare d'une « deuxième génération », l'histoire de sa vie déportée dans les souvenirs de ses parents, mais aussi de sa reconstruction : à quarante-six ans, grâce à une volonté féroce, elle obtient sa licence de pilote privé et part seule survoler les camps, pour comprendre, maintenant adulte. Et raconter à son tour.
Un récit bouleversant.






