
Tous les livres - mai 2026

L'ayatollah aimait sa femme plus que Dieu
Javad Djavahery
À quinze ans à peine, Maryam est la veuve la plus jeune, la plus intrépide et la plus irrésistible qu’il ait été donné d’héberger à Sayed Issah, mollah respecté de Nadjaf, haut lieu de l’islam chiite. Tant et si bien qu’il finit par l’épouser, sous l’œil complice de Khanoum, sa première épouse et la mère de ses neuf enfants. Mais face à l’appétit insatiable de Maryam pour le savoir, les nuits qu’il espérait vouer à l’amour sont désormais consacrées à l’étude, amenant le saint homme à braver l’autorité de ses pairs...
Faite de récits enchâssés, dans la tradition du conte oriental, l’histoire commence de nos jours quand Maryam, devenue Dâ, grand-mère centenaire, vénérée et fantasque, disparaît. Tous les enfants et petits-enfants se réunissent pour la retrouver. Les recherches sont l’occasion d’explorer les secrets anciens qui façonnent les mythes familiaux et le destin du pays. Javad Djavahery nous offre un livre puissant qui, paré des atours de la légende, déploie l’histoire de l’Iran et son entrée brutale dans la modernité.

Les juifs, les arabes, ma famille et moi
Pierre Hazan
Un récit aussi intime que politique retraçant deux siècles de cohabitation entre Juifs et Arabes.
« J’appartiens à la dernière génération de Juifs nés en terre arabe et j’ai ressenti le besoin de me retourner sur ceux qui y ont vécu avant moi. Depuis quand les dés avaient-ils commencé à rouler pour arriver à cette épouvantable tragédie ? Est-ce que tout était perdu d’avance ? Je me suis plongé dans deux siècles d’histoire à travers l’itinéraire de quelques personnes de ma famille. (…) Même si l’héritage des Juifs d’Orient a largement disparu, je veux me rappeler qu’il a existé. Et s’il a existé, il peut exister à nouveau sous une forme qui reste à inventer. La coexistence judéo-arabe n’était pas un concept pour Moshe, Daoud, Maurice et Elie : elle était une réalité quotidienne. »
Il y a Moshe le rabbin, parti de Jérusalem en 1843 à dos d’âne pour combattre les Lumières en Europe, en revenir à moitié-convaincu pour prendre finalement le parti du monde arabe contre Londres et Paris. Il y a son grand-oncle Daoud le révolutionnaire, co-fondateur du premier parti indépendantiste égyptien en 1907, condamné à mort par les Britanniques avant d’être gracié, et pourtant sioniste. Il y a son grand-père maternel Maurice, à la fois arabe, juif et britannique, au moment où toutes ses identités sont en tension dans un Proche-Orient qui s’enflamme dans les années 1940. Il y a son père, Elie, qui, après la guerre de Suez de 1956, tente de retarder le moment de l’exil sans retour, après que des centaines de milliers de Palestiniens aient été chassés de leur terre et que c’est au tour des Juifs du monde arabe d’être déracinés.
Dans ce récit passionnant où s’imbriquent petite et grande histoire, Pierre Hazan retrace deux siècles d’hybridation culturelle et politique entre les communautés juives et arabes.
Un texte qui résonne aujourd’hui comme un espoir, même si celui-ci paraît tellement fragile.

Fille de la Révolution
Véra Broido
“Il y a certainement très peu de personnes encore en vie qui ont connu l'exil sibérien sous le tsar ou qui ont vécu la révolution russe en tant que membre d'une famille de révolutionnaires. Ceux qui se souviennent de la vie à Moscou et à Saint-Pétersbourg pendant la guerre civile ne doivent pas être très nombreux non plus. Même le Berlin et le Paris des années 1920 semblent aujourd'hui bien loin. Les expériences décrites ici appartiennent aux confins de la mémoire vivante."
D’une enfance dans la Russie de la révolution aux avant-gardes de l’Europe des années folles, entre émigrés révolutionnaires et dadaïstes enragés, Vera Broido traverse le chaos du XXe siècle.
Fille de la Révolution est le récit saisissant et effréné de sa vie, de sa liberté hors du commun.

L’Art de la guerre culturelle
Francis Dupuis-Déri
Un revigorant manuel de résistance intellectuelle.
Ce livre est un manuel de résistance intellectuelle lucide, tragique, et pourtant drôle. Mobilisé sur plusieurs fronts, Francis Dupuis-Déri propose une traversée de trente ans de « guerres culturelles ».
Au fil de ses interventions engagées, il livre une analyse implacable des stratégies réactionnaires : déni de réalité, victimisation à outrance, dénigrement des dominés, distorsion du langage, mensonges purs et simples. Avec une ironie mordante, une rigueur analytique et un recours implacable aux faits, il déboulonne les idéologues de la réaction et défend les valeurs d’égalité, de liberté et d’empathie. Il montre comment du mythe du « politiquement correct » aux paniques antiwokes, les mêmes forces réactionnaires rejouent inlassablement leur partition pour discréditer les luttes féministes, antiracistes ou écologistes et justifier des guerres jusqu’au génocide à Gaza.
L’art de la guerre culturelle est le livre d’un penseur qui refuse de capituler et montre que les forces progressistes savent reprendre l’offensive.





