
Tous les livres - juillet 2026

Toute une vie à s'éteindre - Chronique d'un foyer de travailleurs immigrés
Hacène Belmessous
Rhin et Danube, c’était son nom, fut une usine à dormir, qui hébergea jusqu’à quatre cents hommes durant les années 1960 et 1970. L’auteur s’y était rendu, intrigué par ce bâtiment, et ces hommes en fin de vie lui avaient demandé de raconter leur histoire française. Toute une vie à s’éteindre est leur testament.
Ce récit est une chronique à vif et sensible qui témoigne du destin mortifère de ces «machines à vivre». Venues de leur campagne, à la demande de l’État et du patronat français, redresser une France exsangue après quatre années de guerre, ces figures obscures ont fait ce que l’on attendait d’elles : reconstruire nos routes, nos voies ferrées, nos logements et nos hôpitaux; suer dans nos usines ; descendre dans nos mines; faire tourner nos industries, etc. Leurs confessions déroulent des vies banalement tragiques. La vingtaine conquérante, ils avaient fui l’Algérie pour subvenir financièrement aux besoins de leurs familles. Ils étaient arrivés en France avec l’espoir de rentrer au pays la fortune plein les poches. Ils ont finalement achevé une existence résignée dans un foyer miteux, perclus d’arthrose, affaiblis par le diabète et le cholestérol, se déplaçant au ralenti. Ces hommes sont aujourd’hui morts.
Toute une vie à s’éteindre rend hommage à ces hommes et évoque en creux la tragédie française des travailleurs immigrés.
De vous à nous - Paroles de Sète
suivi de ETC
Laurence Vielle et Aurélien Dony
Cet ensemble de textes a été écrit à quatre mains : les deux mains de Laurence Vielle et les deux mains d'Aurélien Dony. Les deux comparses ont rédigé chacun.e leur partie, les entremêlant souvent, les enchâssant toujours, perdant parfois le fil de leur propre parole pour n'en faire plus qu'une.
Pour le lecture, vous pouvez vous figurer que le texte en italique est porté par la voix d'Aurélien, le texte romain par la voix de Laurence. Les passages en gras, dans le texte, sont portés par les deux voix.
Ces mots ont été glanés chaque jour dans la ville de Sète, au bar Le Chaland, en juillet 2025, et partagés dans la foulée aux participant.es de l'atelier d'écriture donné par les deux ami.es durant le festival Voix Vives.

Dessine-moi une orthographe
Les invité.es des linguistes atterré.es
Nouvèles en ortografe exploratoire.
On a l’habitude de confondre la langue et son orthographe. Mais la langue a longtemps fonctionné sans orthographe, qui n’est que son code graphique, une convention qui a grandement évolué au cours des derniers siècles.
Vous aussi vous avez du stile mais pas forcément d’ortografe ? L’idée d’entrer dans un atelier de création ortografique vous entousiasme ? Alors vous alez adorer ce livre !
Nous, Linguistes atterré·es, encourageons l’apropriation exigeante, la remise en question et l’aproche créative de notre code grafique. Pour amener le public à jouer avec l’ortografe, à inventer de nouvèles règles, à relever le défi de proposer un sistème uni, coérent et pertinent pour le français, nous avons organisé un Concour de nouvèles en ortografe exploratoire sur le tème « été ». 94 persones de diférents pays nous ont envoyé leur nouvèle. Un jury de 40 spécialistes de la langue en a sélectioné neuf pour la pertinence du sistème ortografique proposé et leur qualité litéraire. Vous les découvrirez dans ce recueil.
Lire du français dans une autre ortografe, c’est un peu come revenir en enfance. On retrouve la sensation d’éfort cognitif que demande la lecture mais aussi la fraicheur d’une (re)découverte.

Muyuy Kawsay - Être en mouvement
Paola Guillén Crespo
Paola Guillén Crespo est une artiste bolivienne migrante, féministe intersectionelle et antiraciste. Elle vit en Belgique depuis plusieurs années où elle développe un art qui oscille entre l’intime et le politique, entre les mémoires du corps et les fractures causés par la migration. Ce recueil est une tentative de maintenir vivantes ses racines tout en interrogeant ce que signifie exister dans une langue qui n’est pas la sienne. Il raconte le déracinement, les frontières de la langue et la solitude ressentie. Il décrit également l’importance des racines et la fierté des origines indigènes que la poétesse a longtemps dû refoulées. Après tant d’années à cacher qui elle était vraiment dans son propre pays et ensuite à s’intégrer dans un pays étranger, sa langue se délie et prend la forme d’un recueil engagé, où l’accent, la faute et la différence deviennent des symboles d’identité, de lutte et de dignité retrouvée ...
Les éditions ABRAPALABRA - anciennement l'Arbre à paroles - publient une dizaine de titres par an. Elles se veulent un espace d’expression libre, ouvert sur le monde qui nous entoure. Son mantra : « Que s’ouvre la parole, comme une incantation. »
- Voit ICI

Forestières
Recueil collectif, coordonné par Anouk Lejczyk
Les auteur·ices de ces textes travaillent en forêt, pour la forêt, avec la forêt. Elles et ils mettent en mot leurs activités, leurs gestes, leurs sensations, leur monde intérieur nourri par leurs environnements de travail. Elles et ils donnent à voir l’envers du décor du travail sylvicole, dans une société urbanisée, artificialisée, où la forêt est communément considérée comme le dernier refuge du sauvage.
Leurs rapports à l’écriture sont divers et variés, mais tous et toutes partagent l’envie de raconter leur travail en passant par la littérature. Elles et ils se confrontent avec leurs convictions propres aux épreuves et aux enjeux de la gestion forestière, qui doit concilier production de bois, préservation écologique et accueil du public.
Pensé comme une futaie jardinée, ce recueil regroupe des textes de taille et de nature différentes. Ils ont été rédigés dans le silence de l’écriture, hors du bourdonnement des machines et des médias ; ils ont aussi été au cœur de discussions collectives, avec la coopérative Dire Le Travail qui en a accompagné la progression.
Ce sont des voix singulières qui se répondent d’une forêt à une autre, ici rassemblées.

L'Amant et autres écrits
Un barrage contre le Pacifique - L'Éden Cinéma - L'Amant - L'Amant de la Chine du Nord
Marguerite Duras
Indochine, fin des années 1920. Une mère lutte contre l’océan qui rend incultivable sa concession. Sa fille est courtisée par un homme riche, mais l’affaire n’aboutit pas. Son fils cède à la violence. En 1950, Un barrage contre le Pacifique est l’un des premiers sommets de l’œuvre de Marguerite Duras. Bien que le roman soit autobiographique, l’histoire intime de la jeune fille, rebaptisée Suzanne, y est comme tenue à distance. Le temps n’est pas encore venu.
L’Éden Cinéma de 1977, pièce « à lire autant qu’à entendre », est la réécriture du roman pour la scène. Le Barrage était l’histoire d’un héroïsme ; Duras tient sa pièce pour l’histoire d’une femme « comme les autres ». Un premier verrou a sauté ; la relation entre la jeune fille et le « petit frère » se fait plus explicite, au point que le metteur en scène Claude Régy voit dans l’inceste un motif essentiel de l’ouvrage. Quoi qu’il en soit, il existe à présent un « cycle indochinois » dans l’œuvre de Duras.
Le livre qui en sera la clé de voûte paraît en 1984 et obtient le prix Goncourt. Tout va changer pour Marguerite. Et dans L’Amant tout a déjà changé. Le ton, le style ni la narration ne sont plus ceux du Barrage. La célèbre « écriture courante » durassienne est à l’œuvre. Les images mentales se mêlent à la description de photos absentes : un album photographique sans photographies, dira Sylvie Loignon. Et le récit de l’éveil des sens. Duras a gagné sa « bataille avec le silence », elle dit ce qu’elle avait tu jusqu’alors, « la défloration de l’enfant blanche » par l’amant chinois : déshonneur, transgression, scandale.
Le cinéma s’en mêle. Elle veut écrire l’adaptation, mais son scénario est mis de côté. On connaît la suite. L’Amant de la Chine du Nord est en 1991 le livre né du projet de film lui-même né du livre qui a porté à son point d’ébullition l’histoire racontée dans un premier livre puis sur scène. Les éléments constitutifs du cycle indochinois restent en place, mais ils portent, profondément gravée, la marque du film qui n’a pas eu lieu et à quoi Duras songe encore, au conditionnel (« en cas de film… »). « C’est un livre. / C’est un film. » Le texte tire de cette hybridité une force unique.
Essentiels dans l’œuvre de Marguerite Duras, ces quatre livres, enrichis de documents qui en éclairent la conception, l’écriture et la réception, se trouvent réunis dans ce Tirage spécial, qui comporte en outre – hors texte – les photos
« absentes ».

Houaria
Inam Bioud
Dans un hôpital d’Oran, Houaria émerge d’un long sommeil. Lui reviennent la musique raï qui fusait de l’un des cabarets de la ville et le sang de son petit ami Hicham sur ses chaussures. Avec ce jeune homme rêveur, Houaria entretenait depuis peu une relation cachée. À l’image de la majorité des femmes d’ici, elle s’est efforcée de se fondre dans la norme pour espérer survivre, sous les brimades de son frère aîné et dans l’indifférence de sa mère. Jusqu’à ce soir fatal.
Roman audacieux et viscéral, Houaria donne voix à celles qu’on n’entend jamais : autour de la jeune femme gravite un cortège de personnages qui racontent le désordre de leurs trajectoires. Il y a Heba, étudiante issue d’un milieu bourgeois, qui prépare une thèse en anthropologie ; Hadia, belle-sœur de Houaria, femme libre et impulsive ; et aussi Hani, qui raconte le choc de la mort de Hicham, tué à la place d’un autre dans le climat de terreur qui règne à Oran, en pleine mutation, déchirée entre tradition, modernité et violence politique. Houaria, enfin, qui à dix-huit ans abrite en elle un sombre secret, tandis qu’on la déclare folle, maudite, sorcière.
Plongeant dans l’histoire récente de l’Algérie – la décennie noire des années 1990 –, Inam Bioud use d’une langue riche et variée, classique et dialectale, crue parfois. Lauréat du prestigieux prix Assia-Djebar 2024, récompensé pour la réalité brute qui y est dépeinte, Houaria offre le puissant et complexe portrait d’une héroïne sacrifiée par la société algérienne, sur fond de lutte entre pressions sociales et désir de liberté.

Gaza, un génocide colonial
Colette Braeckman et autres
« Gaza est aujourd’hui le point culminant de l’inconcevable accepté, de la tragique défaite de l’humanité. » Dominique Eddé, autrice libanaise, n’est pas seule à désespérer. Au « plus jamais ça » de nos parents a succédé le « tout est possible », pour ne pas dire « tout est permis ». Même un génocide…
Levons d’emblée toute ambiguïté : les massacres du 7 octobre sont injustifiables, l’interminable histoire de colonisation, d’humiliations, de dépossessions… du peuple palestinien ne pouvant servir d’excuse. Mais que penser de la riposte israélienne, d’une férocité inouïe ?
S’ouvrant sur l’enfer de Gaza, ce recueil porte essentiellement sur les réactions du monde : d’abord cette vague émotionnelle et les contestations de la rue. Quel contraste avec l’empathie jamais démentie de la plupart des dirigeants occidentaux pour Israël. Une connivence assumée avec cet allié qui ne cesse de violer les lois de la guerre et les règles du droit international. Au mépris de nos valeurs, de nos principes si souvent brandis.
À travers leurs écrits, leurs réflexions, la dizaine d’auteurs de cet ouvrage souhaite garder notre mémoire en éveil, faire bar rage à l’oubli, tout en esquissant des pistes pour l’avenir – l’impunité n’est pas une option. Et même si les bourreaux de Gaza ne risquent pas un deuxième Nuremberg, eux et leurs acolytes doivent savoir que l’Histoire ne les lâchera pas.
Il n’empêche, l’anéantissement de l’enclave palestinienne, sa mise à mort, c’est aussi la condamnation du monde occidental. Qui pourra, à l’avenir, écouter ses discours universalistes alors qu’ici, sa voix est demeurée silencieuse ? Gaza, ce sont aussi nos promesses et nos serments qui ont été réduits en poussière. Gaza, c’est aussi notre défaite.

Ghost Stories
Siri Hustvedt
Dans
Ghost Stories, d’une intimité rare, Siri Hustvedt se livre pour la première fois sur le grand amour de sa vie, Paul Auster. Elle y célèbre leur longue et magnifique vie à deux, et nous plonge dans les recoins les plus secrets de leur mythique couple d’écrivains new-yorkais.
Ghost Stories est aussi la chronique de la disparition de l’être aimé, convoquant souvenirs, lectures et traces écrites — autant de tentatives pour affronter l’absence, et accueillir les signes de l’au-delà.
Un époustouflant livre d’amour et de deuil qui nous offre une boussole pour que nous restions liés à tous ceux que nous avons perdus trop tôt.
« Siri Hustvedt : chronique de la disparition de
l’être aimé »
Un article de
Georgia Makhlouf
dans L'ORIENT LE JOUR
- Lire ICI

Voleurs de poules !
Ritchy Thibault
« Malgré des persécutions séculaires, nous sommes toujours là. La gitanerie n’est jamais finie ! »
Ritchy Thibault, d’origine manouche et gitane, revient sur l’histoire des personnes romani et voyageuses en France, appelées nomades ou gens du voyage par le pouvoir, soumises à un régime spécial et ayant connu la déportation dans les camps pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s’attaque au racisme institutionnel qui perdure aujourd’hui, notamment à travers le droit à l’éducation, la santé, la citoyenneté, etc.
Dans la période de fascisation que nous traversons, faire reculer l’antitsiganisme, c’est faire reculer l’extrême droite et son poison raciste.

S'engager dans le partenariat patient-soignant - Récits d'expérience du soin partagé
Blandine Bricka
Vivre au long cours avec une maladie chronique est le quotidien d'un nombre croissant de patients. Par cette expérience de la vie avec la maladie, ils acquièrent des connaissances plurielles, complémentaires de l’expertise scientifique et technique des professionnels de santé. La rencontre de ces savoirs accroit la pertinence et l’efficacité des soins. Elle est aujourd’hui une condition du bien-soigner.
À travers des récits singuliers, ce livre incarne le défi éthique, philosophique et politique qu’est le partenariat en santé : sept patients et trois professionnels de santé y racontent leur parcours avec la maladie et le soin, expliquent pourquoi et comment il ou elle est devenu(e) partenaire en santé et de quelle manière cette expérience fait sens pour lui ou elle au point de dire comme le fait Gaëlle : « Devenir patiente partenaire m’a mise à une place qui n’est pas uniquement celle de patiente. Je suis sortie de l’isolement. » ou comme le fait Clémence : « Je ne pourrais plus exercer mon métier d’infirmière autrement. »
Fruit de la réflexion d'un collectif de citoyens aspirant à plus d’humain dans le soin, ce livre s'adresse aux patients qui cherchent des repères pour partager et faire reconnaître leurs savoirs expérientiels ; aux professionnels de santé qui désirent s'engager dans d'autres approches du soin ; aux décideurs qui souhaitent soutenir ce changement de paradigme et à toutes celles et ceux qui souhaitent comprendre le partenariat patients-soignants.

Ces mains pour l'inquiétude
Marie-Hélène Prouteau
Un recueil de textes brefs consacré à l’évocation de ces mains qui ont, chacune d’elles, un peu façonné notre monde : mains de Spinoza, de Camille Claudel, d’Akhmatova, de Rosa Luxembourg, d’Erri de Luca… et de quelques autres, magnifiées par la poète, Marie-Hélène Prouteau, et l’artiste, Marie Alloy
Les mains déclinent le vivant. Elles expriment et racontent, à l’infini. Marie-Hélène Prouteau se penche avec ferveur sur celles de Camille Claudel, d’Erri De Luca, de Spinoza, le polisseur de lentilles… d’autres encore, jusqu’aux mains négatives des parois des cavernes. Sensuelles, ouvrières, musiciennes, dissidentes, sorcières, quelles histoires d’amour, d’exils, de résistance nous racontent ces mains ? ...

Le Gorille
Dory Manor
« Le gorille » c’est le surnom d’Ezer, ancien membre des services secrets israéliens et garde du corps de Moshe Dayan ou encore de Golda Meir.
C’est aussi le père de Dory, qui vit aujourd’hui à Berlin avec son compagnon et invective cette figure autoritaire et viriliste, dans une langue qu’ils n’ont pourtant pas en commun – ni la langue maternelle de l’auteur (l’hébreu), ni sa langue paternelle (l’allemand).
Libéré de la honte et protégé par le français, Dory révèle un tabou familial, le pénis non-circoncis de son père. Cette transgression de la tradition juive est le point de départ d’une quête identitaire, des origines allemandes à l’assimilation israélienne, via l’hébraïsation des noms et des coutumes à l’orée de la Seconde Guerre mondiale. En entrelaçant leur histoire aux bouleversements politiques du pays, de la création d’Israël aux tentations autoritaires contemporaines, le narrateur dévoile son propre parcours, celui d’un jeune homosexuel épris de littérature. Hospitalisé de force par les siens, il n’aura d’autre choix que de fuir, à Paris puis à Berlin, cette société de gorilles où il ne se sent plus à sa place. Oscillant entre colère et gratitude, révolte adolescente et tentative de pardon, le narrateur s’interroge autant sur la violence de son héritage que sa transmission aux générations futures. En s’appuyant sur les grands écrivains auxquels il a consacré sa vie de traducteur, de Baudelaire à Yourcenar en passant par Descartes, Dory Manor offre une réflexion poignante sur notre besoin de
réconciliation et, à travers cette confrontation intime avec le père – symbole d’un Israël conquérant et militarisé –, dresse le portrait d’une société en perte de repères démocratiques et humanistes. Le gorille est un magnifique roman sur l’identité familiale, religieuse, sexuelle et politique, en même temps que l’exploit littéraire d’un écrivain israélien qui a quitté son pays et fait du français sa langue d’écriture.

Le grand livre de la Littérature de plage - Une anthologie insolite des écrits balnéaires
« Il faudrait que je meure ou que j’aille à la plage », écrivait Michel Houellebecq. Si l’on penche pour la seconde solution, autant prévoir de la lecture (moins utile pour le premier choix, on en conviendra…). Dans ce cas, ce Grand Livre de la littérature de plage constitue la meilleure des options. Il rassemble, sous la forme d’une anthologie désordonnée et originale, des pages émouvantes, mordantes, troublantes ou amusantes sur les plaisirs balnéaires.
Dans cette étonnante pléiade des bords de mer, Flaubert lance le frisbee vers François Truffaut, C. Jérôme étend sa serviette près de Françoise Sagan, Alain Robbe-Grillet fait une place sous son parasol à Nadine de Rothschild et les Mémoires d’outre-tombe marchent main dans la main, sur fond de soleil couchant, avec L’Année des méduses. La meilleure des lectures estivales puisqu’elle les contient toutes.
Les « lectures de plage » sont forcément anecdotiques et légères ? Ce recueil démontrera au contraire combien la littérature sous toutes ses formes se ravive sur le sable et combien le soleil lui profite.

Vies d’écrivains
Stefan Zweig
Après La Confusion des sentiments et autres récits (2013) et Les Paysages de l'âme (2024), ce volume regroupant plusieurs biographies d'écrivains est le troisième que Bouquins consacre au grand Stefan Zweig
Stefan Zweig est un magicien de l'âme. Il traque les ombres, les ferveurs, les fêlures.
Il ausculte les êtres, guette en eux le mystère, en ressort les mains pleines d'or.
Il possède ce don unique de saisir ce qui forme réellement une vie.
Zweig capte les devenirs : la puissance de Nietzsche née de la souffrance, l'idéalisme d'Érasme, la force vitale de Balzac, l'ampleur du geste de Tolstoï. Ce sont les élans et les tourments qui dessinent, au bout du compte, la véritable trajectoire – une manière singulière de tracer un sillon dans le monde.
Les neuf textes qui composent ce volume brillent par leur intelligence et leur acuité.
Le biographe Zweig chemine au rythme de son sujet, il galope avec Stendhal, frémit avec Dostoïevski, virevolte avec Casanova, il devient l'autre et comprend le cœur qui bat.
Dans ces portraits en miroir, il peint la vie des écrivains pour saisir la sienne et penser le destin du siècle. Et on descend, à ses côtés, dans les profondeurs vertigineuses de la création.
Ce volume contient les biographies de Balzac, Casanova, Dickens, Dostoïevski, Érasme, Freud, Nietzsche, Stendhal et Tolstoï.

Présents
Paco Cerdà
1939. La guerre d’Espagne est terminée. Les putschistes ont gagné et le pays est en ruine. Dans le cimetière d’Alicante, les restes de José Antonio Primo de Rivera, fondateur de la
Phalange Espagnole, sont exhumés par ses camarades, les Chemises bleues. C’est le point de départ d’une procession de 467 kilomètres qui durera onze jours et dix nuits, la première grande opération de propagande du franquisme : un voyage jusqu’au bout de la nuit fasciste orchestré par les écrivains et les intellectuels du nouveau régime avec leur rhétorique qui célèbre la violence et la mort.
Dans ce roman fondé sur une recherche historique approfondie, Paco Cerdà nous raconte les étapes de ce spectacle
macabre, mais aussi les destinées des hommes et des femmes qui ont combattu le franquisme et dont les vies ont été brisées à jamais.
Quatre-vingt-dix ans après le début de la guerre civile espagnole,
Présents nous livre un récit puissant, rigoureux et émouvant. Au cœur de cette fresque, Paco Cerdà rend visible la lumière tenace de celles et ceux qui, avec courage, refusent que l’histoire ne soit qu’une succession de défaites, et nous rappelle que la mémoire des vaincus peut également porter la promesse d’un avenir.

Celles qui ne dorment pas
Dolores Redondo
Fin février 2020, lors de fouilles dans le gouffre de Legarrea en Navarre, Nash Elizondo, psychologue médico-légale, et son équipe de chercheurs découvrent à cinquante mètres de profondeur une dépouille de brebis, une guirlande de minuscules roses desséchées et le corps d’une jeune fille : Andrea Dancur, portée disparue depuis trois ans. Parmi ses proches, chacun a quelque chose à cacher, et la silhouette menaçante du grand-père fait obstacle aux confidences.
Mêlant approche scientifique et sensibilité aux croyances et aux légendes locales, Nash entame une enquête discrète, soutenue par Amaia Salazar, désormais inspectrice de la Police forale de Navarre. Mais l’annonce du confinement ne va pas lui faciliter la tâche.

George Sand
Brigitte Krulic
Aucune facette de la vie humaine ne lui a été étrangère : les deuils, les désillusions amères, les doutes, la célébrité. George Sand aura chéri ses proches, aimé passionnément des hommes très différents, conversé d’égal à égal avec les grands esprits de son temps et cultivé une sensibilité toute personnelle de la politique et de la justice sociale. Une femme d’exception, éminente et inclassable : écrivaine, dramaturge, journaliste politique, critique littéraire, elle lègue à la postérité une œuvre immense et quelques chefs-d’œuvre.
Entre Paris, où l’appellent les agitations du siècle, et Nohant, le berceau familial dont elle a su faire un foyer rayonnant, elle a voué sa vie au travail : viatique, gagne-pain, gage d’indépendance. Surtout, pour ses contemporains comme pour les générations à venir, George Sand n’a cessé d’être une voix de la liberté. Un symbole et, parfois, une cible.
Cette biographie retrace les différentes saisons de cette longue vie. Elle restitue l’évolution d’une personnalité et d’une pensée qui auront fait résonner, vie et œuvre mêlées, les aspirations et les effervescences d’une France toujours hantée par l’ombre de la Révolution et qui aspire à entrer enfin au port.




